la confiance demande la transparence
hier matin j’écoutais sur France-Inter le sujet sur la vaccination contre la grippe et il m’est apparu une question qui n’a pas été abordée. manque de temps ? ç’aurait été un autre sujet ? ou parce que la remarque n’est venue à l’esprit de personne ?
le débat était de savoir s’il fallait ou pas se faire vacciner et les deux médecins invités ont été clair : oui, la vaccination est recommandée. pourtant, les appels d’auditeurs l’ont montré, elle est remise en cause, mais de manière floue : on ne sait pas trop si c’est le principe de la vaccination ou ce vaccin particulier qui est critiqué, sans doute les deux selon les personnes. et le problème qui m’a semblé être au cœur du débat est celui de la confiance : confiance en la médecine, en son médecin, en les développeurs de vaccins, en le gouvernement, en l’homéopathie, en son guérisseur… à qui doit-on et peut-on faire confiance ? et comment faire confiance ?
grande question, profonde, car on ne peut pas tout contrôler dans sa vie (sauf si on est un couillon parano) et on est donc obligé de déléguer certaines responsabilités à d’autres et de faire confiance à leurs opinions. par exemple, je n’y bite rien à l’économie et je fais confiance à Paul Krugman, en génétique je fais confiance à Axel Kahn, en analyse politique à Thomas Legrand, etc. au contraire, comme j’ai une petite culture scientifique, j’ai tendance à me faire mes propres opinions sur ces sujets-là et à critiquer celles des autres (comme ce couillon de Georges Charpak).
faire confiance, c’est à la fois une nécessité et un danger, car, comme précisément la confiance se fait à propos de choses qu’on ne connaît pas ou dont on ne veut pas s’occuper, il peut facilement y avoir des abus de confiance. on voit tout de suite la complexité du débat. d’autant que la confiance en quelqu’un (ou en une institution) est fondée de manière subtile : c’est à la fois une question de compétence, de charisme, de projet…
peut-on se donner des garde-fous ? la réponse semble au moins avoir deux composantes : l’une institutionnelle et l’autre, la plus importante, de transparence. l’établissement d’institutions est nécessaire pour que s’établisse une confiance de principe et la représentation publique de ces institutions par des individus charismatiques et surtout capable de discours rationnels (dans la politique, par exemple, on peut chercher longtemps…) est nécessaire pour que cette confiance devienne de fait. mais ça ne serait être suffisant, ni les institutions ni les jolis discours ne sont garant de quoi que ce soit, seule la mise en accès public de l’activité des ces institutions l’est. sans cette transparence de l’activité, la confiance devient à raison méfiance.
pour appliquer cette jolie théorie au problème de la vaccination, le nœud me semble être le secret dans l’élaboration et la fabrication du vaccin. on nous demande une confiance aveugle, c’est impossible. derrière ça, il y a bien sûr la concurrence des laboratoires pharmaceutiques et l’existence du commerce médical. peut-on tolérer le contrôle de notre santé par des organismes commerciaux ? c’est certainement hors de question sans une forme de contrôle de la société, mais je ne vais pas me lancer dans ce long débat.
ce qui est sûr c’est que l’exercice d’aller à la radio ou la télé pour jouer de l’autorité de sa position est risqué et je trouve que Pierre Carli, l’invité d’Inter, s’en est très bien sorti, responsable des urgences il a communiqué avec un message simple, non polémique, rationnel : chef urgentiste, il a décrit les faits auxquels il était confronté qui établissent que, même en faible proportion, la maladie est beaucoup plus grave qu’une grippe saisonnière et qu’il recommandait donc de se protéger par vaccination. il a refusé d’entrer dans le débat sur le vaccin en se déclarant incompétent, on pourra lui reprocher de ne pas prendre parti, mais pas moi qui ai de la sympathie pour les gens qui reconnaissent qu’ils ne savent pas.
pour changer de sujet mais rester sur la même question, j’apprécie énormément les petites videos des invités de France-Inter, elles montrent ce qui se passe derrière le micro et c’est très riche en enseignements ! outre les évidentes expressions faciales qui indiquent le sentiment de la personne, on peut parfois lire sur les lèvres des commentaires off ou voir les réactions agacés des invités à certaines questions comme dans l’émission d’hier lorsqu’une auditrice a mentionné l’homéopathie et que les deux invités se sont mis à rire et à faire des signes pour dire qu’ils ne voulaient pas répondre. la video montre le décalage entre l’apparence que veut se donner un invité à travers son discours et ce qu’il est vraiment. c’est devenu un élément formidable de transparence ; profitons-en pendant que les invités ne commencent à maîtriser leur apparence à la webcam aussi bien qu’à la télé !
Salut Tortue génial !
à propos de ce lien entre confiance et transparence : je pense que les liens, supposés ou avérés (souvent avérés), mais rarement transparents, entre les médecins et les laboratoires pharmaceutiques jettent beaucoup de suspicion sur la parole médicale.
Concernant le vaccin contre la grippe A (et plus généralement la vaccination, ou même la médecine moderne), le manque de transparence et les erreurs de communication ont totalement décrédibilisé la campagne de vaccination.
Récemment, dans l’émission “C dans l’air”, un médecin expliquait qu’il faudrait que, systématiquement, quand un expert s’exprime sur un sujet technique (pas forcément médical), on devrait rappeler QUI le finance. Non pas pour jeter le doute sur la parole de cet expert… mais simplement pour la replacer dans un contexte, et au contraire établir un rapport de confiance via une forme de transparence.
Bon dimanche
Tryphon
15 novembre 2009 à 05:08
Ping : Grippe A (la suite) « Le Blog du professeur Tournesol
Bonsoir,
J’ai bien aimé votre article très lisible.
En effet, la transparence semblerait être :
— un pré requis
— un garde fou
pour garantir un meilleur niveau de confiance et nous prémunir de ce que l’inverse (la discrétion) facilite.
Mais alors pourquoi le monde ne fonctionne-t-il pas sur un principe de transparence ?
Accepteriez-vous qu’on l’applique à chacun ? À vous ?
Dans quelle mesure ?
Au plaisir,
Marc
6 août 2010 à 19:21
bonjour marc,
merci de votre commentaire.
non, je ne tiens surtout pas à ce qu’on applique la transparence à chacun, il est évidemment hors de question (et antinomique) que le domaine privé soit sous un quelconque contrôle ou regard de l’État, mon propos ne concernait que les institutions ou les services publics. la médecine est considéré en France comme un service public et l’existence d’acteurs privés (comme les laboratoires pharmaceutiques) pose le problème du contrôle de l’État sur son service de santé. ceci dit, je ne suis pas qualifié pour donner des conseils sur la situation, je me contente de faire part de mon sentiment et de diagnostiquer ce qui me semble être important.
quant à votre question sur pourquoi la transparence n’est-elle pas plus appliquée, il me semble que c’est parce qu’elle est l’enjeu d’une lutte.
les personnes choisies pour gérer une situation politique, médicale, scientifique, etc. ne peuvent pas rendre des comptes en permanence car la communication est un emploi à temps plein et on travaille mieux dans la paix. or, de la paix au secret, il n’y a pas beaucoup de pas, et il est tentant de travailler en secret pour objectivement mieux travailler ou aussi, bien sûr, pour cacher certaines influences douteuses voire des malversations ; mais même indépendamment de ça, il me semble difficile à la base d’être transparent dans une activité. si donc la transparence dans les activités politiques, médicales, scientifiques, etc. est un mouvement qui s’oppose à l’activité, il ne faut pas attendre qu’elle soit naturellement pratiquée des acteurs et elle ne peut exister que par une exigence (citoyenne) extérieure. c’est à ce titre qu’elle me semble résulter d’une lutte. on peut se donner des structures (morales ou légales) pour encourger et faciliter la transparence, mais je crois qu’il y aura toujours cette lutte.
8 août 2010 à 22:49